Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/130

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sa vie, quoique le monde la condamne et la flétrisse, c’est une créature estimable à bien des égards. Et d’ailleurs, ne puis-je même vous donner toutes les garanties contre elle en m’éloignant de Paris ? Je lui ai dit que j’allais partir. Notre projet, comme le vôtre, marquise, est de passer les premiers mois de notre mariage à la campagne, dans une de vos terres. Eh bien ! nous n’en reviendrons que quand vous l’aurez ordonné.

— Ah ! vous me comblez de joie, Marigny, — dit Mme de Flers, — mais vous me faites riche de trop de sécurités. Ce que vous me dites du caractère de cette Vellini est bien assez pour moi. Je n’aurai point la barbarie de grand’mère — devenue la geôlière de la fidélité que l’on doit à sa petite-fille — de vous retenir loin de ce Paris que vous aimez.

— Je n’aime qu’Hermangarde, — fit Marigny, — mais je sens la nécessité de m’éloigner quelque temps. Quoique tout soit bien fini entre Vellini et moi, le voisinage d’une telle femme n’est bon pour personne ; mais moi plus qu’un autre, marquise, je dois le craindre et l’éviter. »

Ryno de Marigny prononça ces derniers mots avec une expression si profonde, il était si pâle dans la lumière verte de la lampe, abritée sous son abat-jour, que les curiosités