Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/131

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féminines de la marquise de Flers, excitées par les propos du vieux Prosny, se remirent à siffler en elle comme des couleuvres réveillées. Elle ne put s’empêcher de voir dans les paroles de Marigny la plainte d’une âme dominée par une espèce de fatalité. « Que fut donc — pensa-t-elle — cet amour étrange dont les souvenirs épouvantent et attirent un homme aussi fort que Marigny, femme par les nerfs et la mobilité, homme par les muscles et le caractère, et d’ailleurs distrait par une passion nouvelle et grande ? » Comme tous les êtres qui ont beaucoup vécu, elle avait vu les empires de l’amour s’écrouler en poussière bientôt évanouie. Femme charmante et habile, avec les ambitions les plus légitimes de la vanité et du cœur, elle avait régné aussi, et non seulement elle savait la difficulté des longs règnes, mais combien peu dure, dans la mémoire des hommes, le respect des pouvoirs détruits. Vellini lui revenait à la pensée, cette Vellini qu’elle avait attendue vainement un soir à l’Opéra, et que, liée par les convenances du monde, elle ne verrait peut-être jamais.

« Dieu ! qu’il faut que vous l’ayez aimée pour la craindre encore ! — lui dit-elle avec une portée insidieuse, pleine de mille questions. — Qu’ils disent ce qu’ils voudront, madame d’Artelles et le vicomte, cette fille m’inté-