Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/139

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ans. De Mareuil était très riche, comme vous savez, et c’était l’un des plus aimables et des plus spirituels vicieux de Paris. Il revenait d’Espagne, et je ne l’avais pas vu depuis son retour. Il me dit qu’il avait rapporté de son voyage une foule de curiosités qu’il désirait me faire admirer. « L’une des plus rares, — ajouta-t-il en riant, — est une Malagaise ; la plus capricieuse Muchacha qui ait jamais renvoyé au soleil son regard de feu.

« — Vous l’avez enlevée ?… lui répondis-je.

« — Non ! — dit-il ; — ce n’est pas ma maîtresse encore, mais j’espère, pardieu ! bien qu’elle le deviendra. Elle est mariée, et son mari — un Anglais qu’elle mène comme lady Hamilton menait le sien — ne la quitte pas. Moi, je ne quitte pas le mari. Je l’ai courtisé pour avoir la dame. C’est un joueur et un original. Nous avons parcouru ensemble l’Estramadure, l’Andalousie et la Galice, jouant presque toujours, même en chaise de poste, et moi perdant, par galanterie perfide, pour me lier de plus en plus avec le possesseur légal de ma señora. Ma foi ! cette femme m’aura coûté cher ! Mais aussi, c’est la plus extraordinaire créature. Je n’avais pas l’idée de cela. J’ai envie d’avoir votre opinion, mon maître, sur cette femme qui, malgré notre moquerie de Français, m’eût fait consommer probablement,