Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/140

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


si elle n’avait pas été mariée, la même folie qu’elle a fait faire à l’imposant sir Reginald Annesley.

« — Vous l’auriez épousée ? — lui dis-je, riant d’étonnement incrédule.

« — C’est, je vous assure, fort probable, — reprit-il du plus grand sérieux. — Elle m’a tant monté la tête que je me crois capable de tout.

« — Mon Dieu ! — lui dis-je, — est-ce bien au comte Alfred de Mareuil que j’ai l’honneur de parler ?…

« Mais il n’entendit pas mon ironique question. Une voiture qu’il avait reconnue venait de passer sur le boulevard et s’arrêtait en tournant devant Tortoni, à l’entrée de la rue Taitbout.

« — Vous allez la voir, — me dit-il. — car la voilà ! mais vous ne pourrez pas la juger.

« La voiture était une calèche anglaise, découverte, attelée de deux chevaux alezan brûlé. Dans sa gondole noire, doublée de soie orange, on voyait deux personnes, un homme et une femme. L’homme, d’environ quarante-cinq ans, à la forte chevelure aux reflets d’acier, avait un profil régulier et des tempes puissantes, largement ciselées, à ce qu’il semblait, dans du marbre rouge, tant la couperose, produite par l’incendiaire usage du piment et