Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/149

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peu de l’aimable tempérament de madame sa mère, ce n’est pas très aisé à savoir.

« Telle fut, marquise, ma conversation avec de Mareuil. Telle aussi, et sans y rien changer, l’impression produite en moi, au premier coup d’œil, par cette femme qui devait avoir sur ma vie une influence si profonde. En face d’elle et en parlant d’elle, j’étais resté aussi dédaigneux que s’il s’était agi d’un être complètement inférieur. Quand j’eus quitté le comte de Mareuil, je ne pensai plus ni à lui, ni à elle… si ce n’est le lendemain, à l’heure où il fallut aller à ce souper auquel elle était invitée et où je devais la juger mieux.

« J’y arrivai assez tard. Il s’y trouvait une vingtaine de personnes rassemblées, qui se connaissaient presque toutes. À l’exception de quelques journalistes, champignons exquis, quand ils ne sont pas empoisonnés, levés du soir au matin sur le fumier de ce siècle, et de plusieurs actrices qui étaient là du droit anti-dynastique de l’esprit et de la beauté, il est bien probable, chère marquise, que vous avez soupé avec les pères de tous les convives de l’hôtel de Mareuil. C’était l’élite des plus brillants mauvais sujets de Paris. Quand on m’annonça, Mareuil vint au-devant de moi, me prit par la main et me présenta à Mme Annesley, assise auprès de la cheminée avec une inex-