Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/151

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lets — faits de cette pierre mystérieuse — s’enroulaient comme des aspics autour de ses bras olivâtres. Elle tenait à la main l’éventail de son pays, de satin noir et sans paillettes, ne montrant au-dessus que deux yeux noirs, à la paupière lourde et aux rayons engourdis. Comme la conversation n’était pas très animée et qu’elle n’y prenait aucune part, j’eus le temps de l’examiner et de la détailler comme un tableau ou une statue. Le souper, qu’on annonça, interrompit mon examen. De Mareuil se précipita pour donner le bras à sa Malagaise, et je m’arrangeai de manière à marcher derrière lui pour juger d’une tournure que j’avais à peine entrevue. Mme Annesley était petite, les hanches plus élégantes que fortes, mais la chute audacieuse des reins accusait l’origine Mauresque. Le mouvement qu’elle fit pour passer dans la salle à manger au bras de Mareuil, révolutionna mes idées, bouleversa mes résolutions. C’était ce meneo des femmes d’Espagne dont j’avais tant entendu parler aux hommes qui avaient vécu dans ce pays. Une autre femme sortit de cette femme. Deux éclairs, je crois, partirent de cette épine dorsale qui vibrait en marchant comme celle d’une nerveuse et souple panthère, et je compris, par un frisson singulier, la puissance électrique de l’être qui marchait ainsi devant moi.