Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/162

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J’aurais aimé ce qu’il y aurait eu de malade ! J’allais savourer le défaut avec délices ; j’allais le regarder comme une perfection, et laisser là la tête d’or pour les pieds d’argile. Ce n’était pas là un amour comme celui qu’inspire votre Hermangarde. Au lieu d’élever l’âme, il la courbait révoltée… C’était un amour mauvais et orageux. »

Il s’arrêta. Quoique la marquise eût la science d’une femme qui a mordu dans les plus puissantes sensations de la vie, et qui se lèche encore les lèvres de tout ce qu’elle y a trouvé, elle aimait tellement Hermangarde qu’elle fut heureuse d’entendre Marigny flétrir sa passion pour la Malagaise, et se prendre lui-même aux poésies morales que l’amour lui flûtait au cœur.

Elle ne l’interrompit point et il continua :

« Le comte de Mareuil perdait toujours. L’idée me vint de le venger. J’obtins qu’il me céderait sa place. Il me plaisait de battre au jeu, dans la personne de son mari, cette femme qui semblait, en les regardant, fasciner les pièces d’or comme elle m’avait fasciné. Jouer contre son mari, c’était jouer contre elle. Sir Reginald, superstitieux comme la plupart des joueurs, comparait sa Malagaise à Joséphine, qui fut, dit-on, la cause mystérieuse de la fortune de Bonaparte. Toujours est-il que ce