Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/163

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soir-là, en se tenant auprès de lui, elle lui avait ramené le sort infidèle. De tous les mouvements désordonnés qu’elle soulevait en moi, le plus fongueux, le plus irrésistible était de répondre, n’importe comment, à cet air de défi qui respirait en toute sa personne et qui mêlait dans mon cœur — exécrable mélange ! — le sang de l’orgueil blessé aux flammes avivées des plus inextinguibles désirs.

« Je jouai donc, — mais ce fut à croire que sir Reginald Annesley avait raison dans ses stupides superstitions. Je m’efforçai ; je combinai mes coups comme si ma vie avait été au bout de mes combinaisons ; je redoublai d’attention, de sang-froid, de patience ; je perdis autant qu’Alfred de Mareuil. Je n’étais pas riche comme lui. Il s’en fallait ! Les pertes que je faisais m’atteignaient bien davantage ; mais ce n’était pas l’effet de la perte, ce n’aurait point été le sentiment de la ruine qui m’aurait donné les épouvantables colères que je dévorais. Non ! c’était uniquement le sentiment de mon impuissance contre cette infernale Malagaise, contre ce démon, immobile et nonchalant, qui, le cigare allumé, semblait sucer du feu avec des lèvres incombustibles, et se rire de mon faible génie se débattant devant le sien ! Une effrayante influence continuait de me poursuivre et de m’asservir. Je jouai et je perdis à