Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/169

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priait pas. Sa lèvre rouge et presque féroce était immobile. Son œil, qu’aucune sensation n’animait, noir et épais comme du bitume, était fixé, dans une espèce de stupeur qui était, à elle, sa rêverie, sur les cierges qui brûlaient et se fondaient vite à la chaleur de leur propre flamme et à celle d’un soleil d’été qui avait longtemps frappé la fenêtre incendiée de cette chapelle, placée au couchant. Les derniers feux du soir, passant à travers les vitraux coloriés, en allumaient encore le vermillon et l’azur et semblaient embraser l’air autour de sa robe noire, comme si elle eût été le centre de quelque invisible foyer. Ah ! je la regardai longtemps ! Je me plaçai à quelques pas d’elle. Il n’y avait entre nous que la grille de la chapelle contre laquelle j’appuyais mon front en la regardant. Marquise, ce que j’éprouvai est inexprimable pendant ce touchant office du soir, sous les sons de l’orgue, que depuis je n’ai jamais pu entendre sans trouble, aux dernières clartés d’un beau jour et à trois pas de cette femme que je n’avais pas revue de si près et si longtemps depuis le souper du comte de Mareuil… J’avais entendu dire qu’il est des fluides qu’avec une volonté passionnée on peut lancer par les yeux et dont on peut pénétrer l’être le plus rebelle… J’essayai de la couvrir de ces magnétiques et fulminants