Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/170

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regards. Il me semblait que toute mon âme s’en allait de moi par les yeux pour imbiber de toute ma vie ce corps adoré et maudit. Eh bien, la science mentait, marquise ; la passion mentait ; tout mentait. Elle ne se retourna pas vers moi une seule fois. J’ai laissé la trace de mes ongles sur cette grille qui me séparait d’elle… Un jour, avec elle, je suis retourné à Saint-Philippe et je lui ai montré ces vestiges de fureurs soulevées en moi et laissées par moi dans du fer. Au sein des désordres de ma jeunesse je n’avais jamais été impie, et pourtant, ce soir-là, à cette religieuse cérémonie qui aurait dû me pénétrer d’un saint respect, je ne vis que cette femme, devant laquelle je me serais prosterné sur un signe, comme les fidèles se prosternaient devant l’autel. Mais ce signe, elle ne le fit pas. Quand le Salut fut terminé, elle passa près de moi sans un regard à me donner, baissant le front avec un air tout à la fois dédaigneux et farouche… Je la suivis dans la foule, me sentant défaillir à l’idée que peut-être, en sortant, je pourrais, dans les flots compacts de cette foule, la prendre et la serrer sur mon cœur. Dieu ne permit pas ce sacrilège. Elle semblait lire dans mes desseins pour les tromper. Elle alla au bénitier, y plongea la main et sortit rapide. Elle s’était déjà élancée en voi-