Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/176

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de trouver charmante ou détestable tour à tour.

« Je la saluai en l’abordant :

« — Madame, — lui dis-je, — le hasard m’est meilleur que vous. Il s’est chargé de me donner un rendez-vous que je n’aurais pas osé demander.

« Nos chevaux se trouvaient alors tête à tête. Elle s’était arrêtée, me voyant m’arrêter, mais elle ne me rendit pas mon salut. Elle resta droite sur sa selle, et me montrant du bout de sa cravache le chemin devant moi et le chemin derrière elle :

« — Le hasard est un sot, — reprit-elle. — Il n’y a point ici de rendez-vous, mais une rencontre. Voilà votre chemin, monsieur, voici le mien ; passez !

« Elle avait, du haut de son cheval qui piaffait, avec sa cravache étendue, un ton de commandement si absolu qu’il provoquait la résistance comme un outrage. Et je lui répondis avec une fermeté de résolution que ses airs les plus superbes ne devaient point entamer :

« — Je ne passerai point, señora. C’est moi qui serais le sot si je laissais échapper l’occasion inespérée de vous voir et de vous parler. Ici vous ne m’éviterez plus… Si vous fuyez, je vous suivrai. Avez-vous envie de faire avec moi une course au clocher jusqu’à Paris ? Je ne suis pas bien sûr que vous ayez lu toutes