Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/175

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


courbe expire avant de devenir un vallon, — un petit vallon, grand comme la main, frais, ombragé, mystérieux, espèce de coquille de verdure. Des maisons de campagne commençaient de s’y élever. On appelle, je crois, cette partie cachée de Passy le hameau de Boulainvilliers. Je venais de terminer une course forcée, et je mettais au pas, dans un chemin bordé de peupliers, mon cheval fatigué. Tout à coup, une femme à cheval aussi, en amazone grenat et en casquette de velours noir, parut à l’extrémité du chemin où j’étais.

« Les amoureux sont comme les somnambules ; ils ne voient pas seulement avec les yeux, mais avec le corps tout entier. Je reconnus madame Annesley à une distance qui m’eût caché toute autre femme qu’elle. Elle était seule. Ah ! c’était le ciel qui me l’envoyait ainsi ! Je réprimai un cri de sauvage.

« Comme elle n’avait pas les mêmes raisons que moi pour voir de loin, elle s’avança sans défiance, et quand elle me reconnut, il n’était plus temps de m’éviter. Désagréablement surprise sans doute :

« — Caramba ! » — fit-elle ; espèce de juron dans sa langue svelte et sonore, et qu’elle disait souvent avec une expression mutine et colère que, comme tout en elle, j’avais le tort