Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/188

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nière ? mais jamais elle ne m’avait paru plus charmante. Ce qu’en elle la femme avait d’irrégulier, de dur, de trop maigre, disparaissait quand elle était habillée en homme. Sa redingote de velours noir, serrée à la taille, dessinait gracieusement son torse nerveux et agile qui provoquait si bien les frémissantes étreintes de l’amour, en les défiant. Voluptueuse par la tournure, cruelle par la physionomie, de nous tous qui étions là pour tuer ou pour voir mourir, elle était certainement la moins émue. La haine tranquille couvrait son visage, armé d’audace, d’un masque de lave éteinte. Elle tenait dans ses petites mains, fines et calmes, l’un des pistolets qui devaient nous servir et qu’elle-même venait de charger.

« Le duel ne fut pas long, marquise ! À un signal donné par le comte de Mareuil, sir Reginald et moi nous marchâmes l’un sur l’autre. Je tirai le premier au dixième pas. Et comme je regardais bien plus ma fascinatrice que mon adversaire, ma balle se perdit et s’enfonça dans un des arbres du chemin. Je dois lui rendre cette justice : les instincts généreux vivaient en sir Reginald Annesley. Le sang, brûlé par les alcools et le jeu, roulait encore de nobles gouttes. Il s’était avancé vers moi, la main pendante, et la bouche de son pistolet tournée vers la terre. Il s’arrêta quand