Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/199

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dresse. — Ils disent, dans mon pays, que c’est un charme… que quand on a bu du sang l’un de l’autre, rien ne peut plus séparer la vie, rompre la chaîne de l’amour. Aussi veux-je, Ryno, que tu boives de mon sang comme j’ai bu du tien. Tu en boiras, n’est-ce pas, mon amour ?…

« Et rapidement, car elle avait la rapidité au même degré que l’indolence, elle prit un petit poignard caché dans sa ceinture, et elle en fit briller l’acier avec une coquetterie sauvage.

« Je lui saisis le bras de vive force.

« Mais le courroux traversa ses sombres prunelles d’un éclair plus incisif et plus bleu que celui de la lame qui resplendissait dans sa main. Elle frappa du pied avec violence. Les veines de son cou se gonflèrent et noircirent.

« — Cela sera ! — dit-elle avec un de ces emportements familiers à son caractère et sous lesquels tout, dans sa vie, avait plié comme sous l’ouragan. Du fond de sa colère, elle se prit à sourire.

« — Tu ne me tiendras pas la main toujours, — dit-elle, avec la tranquillité du défi.

« Je la savais aussi opiniâtre que violente. Ce n’était pas pour rien qu’elle avait ce front bombé, sur lequel le rayon de lumière se bri-