Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/21

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tholiquement au-dessous des Ascètes, mais ils ne sont point des Ascètes : ils sont des artistes. Le Catholicisme hiérarchise les mérites, mais ne mutile pas l’homme. Chacun de nous a sa vocation dans ses facultés. L’artiste n’est pas non plus un préfet de police d’idées. Quand il a créé une réalité, en la peignant, il a accompli son œuvre. Ne lui demandez rien de plus !

Mais j’entends l’objection et je la connais… Mais la moralité de son œuvre ! mais l’influence de son œuvre sur la moralité publique déjà ébranlée ! etc., etc., etc.

À tout cela, je réponds en sécurité : la moralité de l’artiste est dans la force et la vérité de sa peinture. En peignant la réalité, en lui infiltrant, en lui insufflant la vie, il a été assez moral : il a été vrai. Vérité ne peut jamais être péché ou crime. Si on abuse d’une vérité, tant pis pour ceux qui en abusent ! Si on conclut d’une œuvre d’art vivante et vraie, si on en conclut des choses mauvaises, tant pis pour les coupables raisonneurs ! L’artiste n’est pour rien dans la conclusion. « Il y a prêté, » direz-vous. Est-ce que Dieu a prêté aux crimes et aux péchés des hommes en créant l’âme libre de l’homme ? Est-ce qu’il a prêté au mal que les hommes peuvent faire, en leur donnant tout ce dont ils abusent, en leur