Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/215

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laquelle couve l’électricité des natures sensuelles. Quoiqu’elle fût jalouse à rappeler, par ses furies, cette Margarita aimée de lord Byron pendant son séjour à Venise, elle était bien sûre, à l’expression que j’avais en la revoyant, de n’avoir point de rivales. Qu’étaient alors pour moi les femmes que j’avais le plus admirées, celles qui parmi les patriciennes du faubourg Saint-Germain réunissaient à la beauté la plus imposante la grâce suprême des manières et l’aiguillon scintillant de l’esprit ?… Folie des passions ! ensorcellement des choses nouvelles ! allez ! marquise, je leur préférais mon indolente Malagaise, dont la vie, comme celle des lionnes du désert, s’écoulait entre les engourdissements du sommeil et les voluptueuses fureurs de l’amour ; entre la sieste accablée et le réveil animé sur mon cœur ! Tout était contraste en cette nature nerveuse et puissante. Elle continuait d’être, dans le détail de chaque jour, ce qu’elle s’était montrée dans le souper du comte de Mareuil. Tantôt d’un mouvement irrésistible, tantôt d’une inertie lourde et froide. Inconstante comme la mer, aussi vite soulevée, du moins elle n’était pas perfide. Au contraire. Elle avait la loyauté des êtres forts, l’insouciance hardie d’un enfant gâté ou d’une courtisane, la profondeur de sentiment de la duchesse sa mère