Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/220

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rapidité d’un beau rêve, mêlé, sans l’interrompre, à cette âpre réalité de l’amour qui nous étreignait. Au berceau de sa fille comme partout, Vellini était toujours, comme elle l’avait dit, la maîtresse de Ryno de Marigny. Que de fois entrecroisâmes-nous nos baisers au-dessus de notre fillette endormie et lui fîmes-nous, dans son sommeil, comme un dôme de mystérieuses caresses ! Mais ces moments de douce et rêveuse tendresse ne duraient pas. Il y avait dans cette brune fille de Malaga, dernière palpitation peut-être de ce sang Mauresque qui, en coulant, pendant des siècles, sur tous les bûchers de l’Espagne, les avait mieux allumés que les torches des bourreaux, une sensuelle ardeur incorrigible qui se retrouvait encore dans les plus chastes instincts de son être. Plus tard, si sa fille eût vécu, les transports dont elle était l’objet auraient eu certainement leur danger. Ils auraient troublé son repos. Ils auraient pu éveiller de trop bonne heure cette volupté qui dort si bien dans l’innocence, mais Vellini ne se doutait pas qu’on pût aimer sa fille autrement qu’elle aimait la sienne. Elle obéissait à sa nature. Elle agissait, à son insu, avec la spontanéité irrésistible des plus magnifiques sensations. Je savais cela ; je me le répétais ; mais la passion que j’avais pour elle souffrait cepen-