Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/226

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peine. Je tremblais qu’elle ne tuât l’amour dont j’étais altéré encore. Marquise, j’avais tort de trembler. Cet amour résista autant que le mien. La mère oublia dans mes bras l’enfant arraché à sa mamelle. Vellini était plus maîtresse que mère. Elle était si complètement organisée pour la volupté, qu’il la lui fallait toujours, même le cœur brisé par l’angoisse. Elle s’y rejetait avec une avidité vorace et sombre, et comme toujours depuis que nous vivions ensemble, elle me la faisait partager,

« Nous voyageâmes quelque temps après la mort de notre fille, mais le mouvement extérieur des voyages ne pouvait guères distraire Vellini, devenue sinistre de tristesse. Ne vous l’ai-je pas assez dit, marquise ? le monde extérieur n’existait pas pour elle. Il n’y avait que moi seul qui l’arrachât à l’idée dévorante de la perte de notre chère enfant. Pour l’oublier, elle se replongeait un peu plus avant dans cet amour, du fond duquel elle eût méprisé la colère de Dieu. Seulement, quand elle sortait de ses enivrements appelés sans cesse, dussent-ils faire mourir, c’était pour rentrer pâle, épuisée, dégoûtée, languissante, dans la pensée qui la déchirait. Moi qui souffrais de toutes ses souffrances, moi qui épousais toute son âme, j’essayais souvent de lui parler le langage bon aux cœurs brisés ; mais le sien, plus fier, n’était