Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/228

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certitude d’être aimée y brille et les dicte ! Mais elle, non ! Elle semblait au contraire se replier davantage sur soi-même, tendre davantage en avant son front proéminent, noir, abruti, ténébreux, fermé à tout, à l’amour, à la pitié, à la raison, à tout ce qui régit les créatures sensibles et intelligentes ! Pour ne pas me porter à quelque excès funeste, je m’éloignais, je la quittais, épuisé de rage, abattu, démoralisé ! Je me promettais une longue rancune… et, quand je rentrais, la voyant la même, froncée, silencieuse, vindicative, froide pour rallumer ma colère, mettant dans la cruauté de sa bouderie la profondeur d’une vendette corse ; quand je me disais qu’après tout, j’étais l’homme, c’est-à-dire le plus fort des deux, celui qui devait revenir de plus loin et pardonner le plus vite, je lui prenais ses tempes muettes dans mes deux mains, il fallait que je la rejetasse dans l’abîme sans fond des caresses, pour qu’elle y perdît ses ressentiments !

« Et elle les y perdait, marquise ! Toute cette haine se fondait dans ce feu… Mais un jour ou l’autre, l’amour vient à mourir dans ces jeux terribles. Il tombe mutilé dans ces batailles de deux cœurs ; il se relève quelque temps pour tomber plus mutilé encore, mais, un jour, il ne se relève plus. Marquise, on n’a-