Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/235

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oppressive, peut remplacer la vie que nous avons savourée six ans ?… Vous êtes une âme trop passionnée et trop grande pour accepter cela, Vellini. Avec les exigences de votre caractère, la fougue de cœur que je vous connais, vous ne pouvez vous ravaler jusqu’à ce mariage au petit pied, sans dignité et sans amour.

« Je cessai de parler. Ce que j’avais dit ne pinçait pas la fibre cachée qui, d’ordinaire, tressaillait en elle, comme la poudre éclate.

« Elle garda sa pose molle et son regard plein de morbidezze.

« — Quelle est la femme du monde, Ryno, — dit-elle, — qui demande que vous ne viviez plus avec Vellini ?

« — Ah ! il n’y en a pas ! — répondis-je avec une émotion qui lui donna un beau sourire, car elle venait de m’insulter presque autant qu’elle-même par ce soupçon que je dissipais. — J’aimerais une femme comme je vous ai aimée, Vellini, que je ne vous sacrifierais pas à sa vanité ou à sa haine. Ces six ans ont laissé un sillon d’or dans ma pensée, et jamais personne ne m’en flétrira le souvenir.

« — Je ne le croyais pas non plus, — dit-elle en me tendant la main. — Pardonnez-moi ce mot que je ne me repens pas d’avoir dit pourtant, puisqu’il vous a fait me donner une telle assurance.