Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/237

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resterons amis. Si nous aimons d’amour encore, cela ne nous empêchera point de nous donner la main comme maintenant, sans crainte et sans honte. Nous ne nous serons jamais trompés.

« Marquise, j’avais enfin trouvé la fibre, la fibre immortelle ! Cette façon ouverte, hardie, presque chevaleresque de se séparer, tenta cette âme vaillante et vraie. Un généreux éclair sortit de ses yeux indolents.

« — Vous dites bien ; quittons-nous, — s’écria-t-elle. — Je partirai demain, Ryno.

« Le singulier enthousiasme qui la fit se redresser près de moi, vibrante et vivante, lui attachait comme un bandeau d’étoiles autour de son bonnet grec écarlate. Elle retrouva un de ces moments d’éclat subit et fascinateur qui la font ce qu’elle est, marquise : une femme d’un prestige incompréhensible à qui ne l’a pas vue ainsi, à qui, comme vous, ne la connaît pas. Elle rejeta son cigare avec un geste d’une résolution presque sublime, et elle l’éteignit sous son pied, comme si c’eût été la dernière torche de l’amour qu’elle eût éteinte.

« J’eus un tort, marquise, mais je l’admirais ; l’admiration pétillait encore sur les ruines et les cendres de l’amour et allait en faire ressortir un jet de flamme étouffée et morte. J’eus tort, je m’en confesse à vous, mais je ne pus m’empêcher de lui dire :