Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/238

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« — Je voudrais te sculpter comme te voilà, Vellini !

« Certainement, je le lui disais comme le lui eût dit un artiste, mais que faut-il pour réveiller l’instinct tentateur qui dort si peu au cœur des femmes ?… Avec Vellini plus qu’avec personne, avec ce naturel ardent, ignorant et presque sauvage, tout accent idolâtre appelait la caresse. Le vertige nous reprit, nous roula aux bras l’un de l’autre, et le cœur plein de la ferme résolution de nous quitter, nous ressuscitâmes encore, sans l’amour, la plus folle des heures de notre amour, les éperduments devant lesquels les plus beaux sentiments de la vie peuvent se tenir vaincus par des sensations. Comme la veuve du Malabar qui se brûle avec ses trésors sur le bûcher de son mari, nous nous engloutîmes dans cette dernière et flamboyante heure de plaisir ! Au moment de nous séparer, nous jetâmes au Passé cet adieu brûlant ; nous bûmes à son honneur cette dernière coupe. »

— C’était le coup de l’étrier ; — interrompit la marquise avec l’audace d’une vieille d’esprit qui marcha sur un talon rouge. — Quand Bassompierre quitta la Suisse, il but dans sa botte à l’écuyère à la santé des Treize Cantons. »