Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/253

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« Elle cessa de jongler avec le poignard.

« — Et tu n’es pas amoureux de cette femme ! — s’écria-t-elle. — Tu n’étais pas hier à l’Opéra avec elle ! Tu y étais, Ryno. C’est Vellini qui t’y a vu. Mais toi, dans la préoccupation de ta nouvelle maîtresse, tu n’as pas aperçu Vellini.

« Et déjà la violence de sa nature grondait en elle comme un tonnerre lointain à laquelle la mienne allait faire écho. Je le pressentais. Je trouvais injuste et bizarre que cette femme qui n’était plus aimée, qui avait pris un amant, me parlât comme une maîtresse régnante qui avait droit de s’irriter et de questionner. Il me semblait que cette Ellénore revenait d’un peu trop loin et un peu trop tard dans nos relations.

« — Et quand cela serait, après ? — repris-je. — Serait-ce la première femme que j’aurais aimée depuis que nous sommes séparés ? Pourquoi prends-tu donc ce ton-là, Vellini ?… Il faut que tu sois bien malade, ma pauvre enfant, pour devenir nerveuse comme une Parisienne.

« — J’ai tort, — dit-elle. Et elle se mit à pleurer. Mais les pleurs de Vellini ne tombaient point comme ceux d’une autre femme. C’étaient des larmes fières qui roulaient longtemps dans les cils, puis s’en allaient mourir