Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/263

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rue de Provence que j’ai rencontré le vicomte de Prosny pour la première fois. La Malagaise voyait des artistes et plusieurs femmes comme elle. On jouait dans son salon un jeu d’enfer, et on m’y voyait tous les soirs. Comme avec un certain maintien on fait respecter les positions les plus fausses, les hommes qui auraient eu le droit peut-être de trouver mauvaise l’espèce d’autorité dont la señora Vellini m’investissait chez elle, finirent par prendre leur parti de… ce qu’ils ne pouvaient empêcher. Pour expliquer l’éternité de ma présence chez cette femme, autrefois ma maîtresse, le jeu, le sans-gêne de la vie intime étaient les raisons que l’on ajoutait tout haut à celles que l’on disait tout bas. Quant à ces dernières, — ajouta M. de Marigny avec un fin sourire, — on les chuchotait à l’oreille ; je les devinais bien un peu, mais je ne me charge pas de vous les répéter. »

M. de Marigny avait fini son récit. Il s’arrêta naturellement et regarda la marquise qui rêvait, en tournant dans ses mains sa tabatière d’écaille.

« — Le vieux Prosny n’est pas si bête ! — dit-elle avec une gaieté que le regret teignait de tristesse, — et j’aimerais bien mieux qu’il le fût ! »