Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/262

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Quand, plus fort qu’elle, parce que je suis homme, je l’avais quittée après quelque nouveau déchirement, me promettant de ne plus revenir, un soir je la trouvais chez moi qui m’attendait. Elle ne se tordait pas à mes pieds, elle ne me suppliait pas ; elle ne me demandait pardon ni de ses violences, ni de ses inégalités, ni de ses tristesses, ni de tout ce qui m’avait blessé et fait fuir. Mais, avec la conscience tranquille d’un être qui se croit l’instrument du destin, elle avait une façon de me prendre par la main et cette façon était si pleine de la brûlante domination du passé, qu’elle me remmenait !

« Marquise, il faut en finir. Telle a été notre vie pendant dix ans. Le monde n’a vu que la surface d’une intimité qu’il ne s’expliquait pas. J’ai cherché à vous en faire voir le fond. Quoique j’aie passé sur bien des scènes, sur bien des détails que j’ai tus par respect pour vous, — et pour nous aussi, — et qui sont, hélas ! le dessous de cartes de presque toutes les intimités, j’en ai dit, j’en ai montré assez à votre experte sagacité pour que vous compreniez à quel point notre liaison fut agitée. Le monde l’a mesurée à toutes celles que l’habitude consacre, après que l’amour qui les forma n’existe plus. Vellini recevait beaucoup d’hommes de votre faubourg Saint-Germain. C’est