Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/265

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s’effraya de ce qu’il avait fait. Il eut un doute. Si la douairière de Flers n’était pas la femme qu’il avait jugée ; si l’histoire de cet amour, trop raconté peut-être, avait réveillé en elle ces instincts de prudence qu’il n’avait pas cherché à endormir, il était perdu. La main de la belle Hermangarde lui serait peut-être refusée. À cette idée, la sueur froide coula sur son front. Il se repentit presque, tant il aimait Mlle de Polastron ! d’avoir été franc avec la marquise. Tout homme qu’il fût, l’amour avait créé en lui les exquises faiblesses de la femme, et la peur le prit comme elle prend les femmes, fussent-elles Jeanne d’Arc elle-même, l’action héroïque accomplie, le coup porté.

La marquise, cette fée devineresse, devina cette pusillanimité d’un grand amour. Les yeux de lynx que M. de Marigny avait eu raison de ne pas craindre, le regardèrent avec une finesse aimable et tendre ; épithètes bien jeunes pour des yeux de soixante-quinze ans, mais justes pour cette femme, éternellement adorable d’esprit et de cœur, que les matérialistes de son temps, qui niaient l’immortalité de l’âme, auraient considérée comme une très forte objection, s’ils avaient vécu autant qu’elle.

« — Qu’avez-vous, mon enfant ? — dit-elle, en le voyant presque consterné de ce qu’il