Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


venue ici même, au pied de cet autel, l’enfoncer dans le cœur de celle qu’il épouse, pour qu’il n’en eût jamais d’enfant. »

Et l’idée qu’elle exprimait lui fit monter le sang aux tempes et à ses yeux cruels qui s’injectèrent. Son visage noircit. On voyait qu’elle ne se vantait pas et qu’elle était très capable de ce qu’elle disait.

« Et moi, madame, — dit la comtesse, — j’ai fait mieux que cela. J’ai prié pour lui, j’ai prié pour elle. J’ai demandé à Dieu de les bénir et de bénir leurs enfants. Méprisez-moi de tant de faiblesse, mais je crois l’aimer mieux que vous. »

Évidemment, la fille du toréador ne comprit rien à cet héroïsme de l’amour dévoué. Un poing à la hanche, le front contracté, elle écoutait avec un mépris aveugle les paroles de Mme de Mendoze… Et comme si elle lui eut jeté la foudre :

« Priez donc, — dit-elle avec triomphe, — et aimez-le ; ce sera en vain !… Vous ne le reverrez pas à vos pieds. Moi, je ne l’aime plus ; je ne prierai pas ; et pourtant il me reviendra ! »

Ce fut au tour de la comtesse de ne pas comprendre.

« Elle est folle, — pensa-t-elle ; — l’amour l’a égarée. Serait-ce vrai ? L’aimerait-elle mieux que moi ?