Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/35

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— Ma chère comtesse, me voici sérieuse, — dit la marquise de Flers émue, en tendant la main à son amie. — N’imputez jamais à mon cœur les péchés de mon esprit.

— Ils ne sont pas mortels, — reprit gracieusement son amie en pressant cette main, tendue vers elle, avec le mouvement d’une sensibilité charmante et sauvée du temps. — Laissez-moi donc vous dire mes craintes, dussent-elles ne pas avoir le sens commun. Tout le temps que je les aurai, je penserai qu’un mariage qui n’est pas encore fait peut se défaire, et je vous tourmenterai un peu. »

Il y eut un moment de silence.

« Si vous n’avez, — dit gravement la marquise, en replaçant sa soucoupe sur le plateau, — que les bruits du monde à opposer à l’amour d’Hermangarde et à son mariage, permettez-moi de vous dire que ces bruits malveillants ont peu d’influence sur une femme qui a passé toute sa vie à voir des choses parfaitement opposées à ce qu’elles étaient en réalité, et qui a connu Mirabeau, lequel disait, du haut de la tribune de son égoïsme, que les grandes réputations sont fondées sur de grandes calomnies, car il aurait pu ajouter que les petites l’étaient aussi.

— Je n’ai pas que cela, — fit Mme d’Artelles.