Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/36

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— Eh bien ! qu’avez-vous de plus, chère amie ? des faits positifs ?… Voyons-les ! Quoi ! mon petit-fils de choix est un affreux monsieur Lovelace parce qu’il a eu quelques femmes qui vont à la messe à Saint-Thomas d’Aquin, avec un paroissien de velours, fermé d’or ! Mais nous sommes du temps de Laclos, ma chère belle, et nous appartenons à une époque où ces choses-là se pardonnaient très-bien ! Soyons justes, si nous ne sommes pas indulgentes. La jeunesse que nous avons connue et… aimée faisait bien pis que les jeunes gens d’à présent. Et cependant nous ne sommes pas restées vieilles filles. Nos mères ont eu la bravoure de nous marier à ces abominables mauvais sujets, et nous avons eu le hasard effronté de n’être pas trop malheureuses  !

— Ne parlez que de vous, — dit Mme d’Artelles. — Vous avez eu l’extrême bonheur d’aimer et d’être aimée. Vous aviez asservi complètement le marquis de Flers  ; il vous aurait sacrifié ses maîtresses, s’il n’avait pas fallu… les reprendre pour vous les sacrifier. Quand il se souvenait d’elles, c’était pour se féliciter de n’appartenir qu’à vous. Vous l’aviez ensorcelé.

— Eh bien  ! — dit la marquise, s’épanouissant à cet éloge et à ce souvenir, et souriant avec un double orgueil, l’orgueil de la femme et l’orgueil de la mère, — Hermangarde est