Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/44

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et vraiment français, la plus jolie gloire de nos ancêtres.

« Dans le premier cas, — reprit la marquise, — ça regarderait Hermangarde. Ce serait l’affaire d’une lune de miel. Nulle femme n’épouse d’ange. Les plus sots même — quand ils se marient — ont la vanité de planter là quelque Ariane dont ils offrent l’abandon à leur femme comme un cadeau qui complète bien la corbeille. Marigny n’a pas besoin, lui, d’offrir une femme sacrifiée à l’amour d’Hermangarde pour le faire flamber mieux. Et, d’ailleurs, il est trop distingué (vous diriez orgueilleux, vous !) pour employer cette petite rouerie. Seulement, si, comme une foule d’hommes restés longtemps garçons, il a des habitudes d’intimité déjà anciennes, il les perdra très aisément au sein d’un bonheur plus neuf et plus enivrant. Mais dans le second cas…  »

Elle s’arrêta, se mirant dans le saphir de son petit doigt et réfléchissant.

«  Eh bien ! dans le second cas ?… — interrogea Mme d’Artelles.

— Ah ! ce serait tout autre chose, — reprit la marquise. — Je partagerais vos inquiétudes. J’aurais là du fil à retordre. Mais, Dieu aidant, et vous aussi, ma chère belle, je le retordrais ! »