Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/49

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mari comme on trompe un amant, en se donnant une peine du diable. Aussi l’écuyer cavalcadour — homme d’esprit pourtant — mourut-il dans son bonheur conjugal, comme le roi de Bohême, aveugle, à la bataille de Crécy.

La Révolution éclatant la trouva déjà partie. Son mari fut massacré au 10 août. Mais comme elle avait sauvé sa réputation de la langue des bourreaux de salon, elle déroba une tête charmante à laquelle elle tenait davantage encore, à la faucille qui scia plus tard les cous les plus ronds et les cheveux les plus dorés de la monarchie. Elle avait une fille, d’ailleurs, qu’elle allait élever dans l’exil. Du moins, aux rigueurs de la condition des proscrits ne s’ajouta point la misère. Elle avait emporté dans un petit portefeuille semé de perles fines, et sur lequel elle écrivait le nombre de polonaises qu’elle avait à danser dans les bals, une fortune mobilière considérable. Elle vécut à Trieste, à Venise, à Vienne, de manière à rappeler sa maison du faubourg Saint-Germain. Ce fameux abbé de Percy, Normand comme elle, l’avant-dernier descendant mâle des Percy en France, dont la laideur et l’esprit furent si célèbres à Londres dans le high life pendant l’émigration, cet admirable abbé qui avait dans l’esprit l’éperon brûlant de son parent Hotspur et sur sa face la lampe allumée de Falstaff, racontait,