Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/55

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de paroles, des reploiements sous la nue d’une virginité troublée, bien plus expressifs que toutes ces fusées d’étincelles… L’opale, avec ses teintes fondues, l’emportait sur le diamant malgré l’insolence de ses feux, l’âme sur l’esprit, la poésie du voile sur le charme enivrant de la nudité. Mlle de Polastron avait en toute sa personne quelque chose d’entr’ouvert et de caché, d’enroulé, de mi-clos, dont l’effet était irrésistible et qui la faisait ressembler à une de ces créations de l’imagination indienne, à une de ces belles jeunes filles qui sortent du calice d’une fleur, sans qu’on sache bien où la fleur finit, où la femme commence ! Le contour visible plongeait dans l’infini du rêve. Accumulation de mystères ! c’était par le mystère qu’elle prenait le cœur et la pensée. Espèce de sphinx sans raillerie, — à force de beauté pure, de calme, de pudique attitude, — et à qui la passion, en lui fendant sa muette poitrine, arracherait, un jour, son secret.

Un peu de l’énigme s’était déjà révélé. On savait l’amour d’Hermangarde pour M. de Marigny ; mais on ne savait pas l’âme d’Hermangarde. Nul n’en connaissait l’étendue, ni sa grand’mère qui avait approuvé son amour, ni Mme d’Artelles qui en redoutait la violence, ni Marigny lui-même, qui en savourait les félicités et qui passait une partie de ses jours les