Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/60

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taisie de Raphaël, tracée avec quelque merveilleux fusain d’argent sur du papier de soie couleur de chair. Ses yeux — elle était un peu myope — étaient de ce tendre bleu de la turquoise, qui n’a pas de rayons et qui semble dormir, et ils avaient l’expression singulière et vague de ces sortes d’yeux qui n’étreignent pas le contour des choses. Ils paraissaient mats de rêverie. Ainsi Dieu ne l’avait faite qu’avec des nuances. Mélange unique de clartés sans fulgurances et d’ombres lactées, elle berçait le regard en l’attirant et très certainement elle eût produit l’engourdissement magnétique des choses vues en rêve, sans l’ardeur sanguine de ses lèvres, qui réveillait tout à coup le regard, énervé par tant de mollesses, et montrait, par une forte brusquerie de contraste, que le cœur de feu de la femme brûlait dans le corps vaporeusement opalisé du séraphin. Mme de Mendoze avait la lèvre roulée que la maison de Bourgogne apporta en dot, comme une grappe de rubis, à la maison d’Autriche. Issue d’une antique famille du Beaujolais dans laquelle un des nombreux bâtards de Philippe-le-Bon était entré, on reconnaissait au liquide cinabre de sa bouche les ramifications lointaines de ce sang flamand qui moula pour la volupté la lèvre impérieuse de la lymphatique race allemande, et qui depuis coula sur la pa-