Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/59

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d’un de ces genres de beauté évidemment prédestinés au malheur, en raison même de la sublime délicatesse de leur essence et de leur forme. Cette délicatesse exceptionnelle, qui n’est pas la beauté, — car la beauté a la force d’une harmonie et, au contraire, cette délicatesse exquise, incomparable, vient peut-être d’un trouble, d’un élément céleste de trop dans la composition de l’être humain, — s’élevait en Mme de Mendoze jusqu’au phénomène. Elle ravissait le regard comme un miracle accompli, et elle l’effrayait comme une catastrophe qui menace. Pour l’observateur philosophe, il était certain que le premier malheur de la vie déchirerait cette organisation ténue et diaphane, comme le cuivre auquel on l’accroche en passant, déchire une dentelle. En effet, les plus transparentes ladies que l’Angleterre présente à l’admiration du monde comme les plus purs échantillons d’une aristocratie bien conservée, n’eussent pas approché de cette femme chez qui les lignes et les couleurs avaient une légèreté, un fondu, un flottant de lueurs qu’on ne saurait rendre que par un mot intraduisible, le mot Anglais ethereal. Quand on suivait, comme un fil de la Vierge dans l’air rose du matin, l’espèce de nitescence qui courait au profil de ses cheveux d’ambre pâle jusqu’à la nacre de ses épaules, on aurait cru à une fan-