Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/81

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et qui ressemblait plus à un cabinet qu’à un boudoir ?… Là, nulle mollesse, nul mystère dans le jeu des glaces, nulle combinaison scélérate dans le jeté des draperies, nul parfum provocant ou révélateur. Les lambris, sans aucun ornement, étaient revêtus de cuir de Russie doré. D’immenses rideaux à l’Italienne en velours froc-de-capucin étaient retenus par des torsades, or bruni et aurore. Sur la cheminée, tout bronze. Une assez belle glace de Venise s’y penchait. Des fauteuils en chêne sculpté étaient couverts d’un velours semblable au velours des rideaux, et le tapis, d’une épaisseur inaccoutumée, n’avait non plus que les deux sérieuses couleurs, brun et aurore. Du reste, pas de meubles attestant la présence d’une femme. Point de chiffonnière, point de corbeille. On eût pu se croire chez un homme, mais quel homme ? Un homme d’action ou un penseur ? Il n’y avait ni pipes ni armes contre les lambris, ni table à écrire, ni bibliothèque. Le seul meuble qui fût remarquable au milieu de cette nudité simple et ferme, c’était une espèce de lit de repos en satin vert, soutenu par deux images d’hippogriffes, aux ailes reployées, et que l’artiste avait sculptés avec la plus ivre fantaisie.

Un tel appartement avec ses couleurs sévères n’était pas trop éclairé par le feu de la che-