Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/87

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qu’elle venait de blesser, et qui, impatient de lui rendre dans sa vanité le coup qu’elle avait porté à son amour-propre en lui parlant de sa jambe, se tut une minute… puis entra résolument en matière par la question directe :

« Est-ce que vous voyez toujours M. de Marigny ?

— Certainement, — fit la señora avec nonchalance.

— Mais y a-t-il longtemps qu’il n’est venu chez vous, señora ? » reprit M. de Prosny, en plongeant sur elle des yeux avidement cruels.

Il la dominait puisqu’il était assis sur le fauteuil et elle à terre. Elle était changée depuis deux ans. Elle avait vieilli. L’égoïste, blessé par elle dans le sentiment de ses infirmités physiques, vit que la raie des cheveux s’était élargie, que quelques fils d’argent apparaissaient dans le miroir noir des bandeaux. Elle avait une espèce de blouse de soie sans corset, fixée par une ceinture. Ses pieds nus, aussi bruns que sa joue, étaient au large dans des pantoufles de velours brodées de perles. Traître costume qui montrait bien qu’elle n’avait plus ses vingt-cinq ans ! La seule chose immortelle était la grâce indolente et jeune avec laquelle elle posait sa petite main sous la griffe d’or de sa peau de tigre, en écoutant M. de Prosny.

« Mais il y a une huitaine, — répondit-