Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/90

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et laide, — interrompit-elle avec ironie, — n’a plus qu’à se jeter par la fenêtre si elle aime encore M. de Marigny ? »

Il y avait de l’amertume dans sa voix en parlant ainsi au vicomte, mais nulle colère n’enflammait ses yeux noirs, profonds comme le velours qui absorbe la lumière sans la renvoyer. Ils étaient ternes, las, ennuyés, mais calmes, comme ils étaient quand le vicomte était entré. Et le pauvre homme était si ébahi de ce calme imprévu, qu’il n’avait jamais poussé plus laborieusement contre sa joue une langue réduite à manquer de réplique. Il s’attendait à une colère cramoisie, et il en aurait joui en amateur et en connaisseur véritable. Au lieu de cela, il se trouvait que la señora avait le caprice du plus beau sang-froid… C’était désappointant !

« La conclusion serait un peu dure… — dit de Prosny qui ne savait que dire.

— Si ! — fit-elle, en changeant de ton et de posture. — Mais, heureusement ou malheureusement, — reprit-elle d’une note moins sonore, — il n’y a point de conclusion. »

Elle fit un petit mouvement d’une impertinence adorable et jeta en l’air du bout de son pied sa pantoufle, qui, après deux tours vers le plafond, alla retomber sur le lit. Son mouvement découvrit une délicieuse jambe de