Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/91

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promesse et de perdition qui donna comme un soufflet du diable dans les yeux alléchés du vicomte de Prosny. C’était une de ces jambes tournées pour faire vibrer, dans les plus folles danses de l’amour, le carillon de tous les grelots de la Fantaisie, et autour desquelles l’imagination émoustillée s’enroule, frétille et se tord en montant plus haut, comme un pampre de flammes monte autour d’un thyrse. L’Espagne avait autrefois failli d’être perdue pour une jambe pareille, lorsque la voluptueuse Cava mesurait la sienne avec des rubans jaunes aux yeux fascinés du roi Rodrigues, embusqué derrière sa jalousie.

« Pécayère ! — fit le vieux Prosny, en flûtant sa voix libertine.

— Eh bien, après ? — dit-elle d’un ton sec, en roulant d’un revers de sa main les plis de sa robe autour de ses chevilles, et avec une expression d’yeux à rappeler au vicomte Chastenay de Prosny qu’il n’était pas le roi Rodrigues, mais un diplomate en fonctions.

— Vous voilà maintenant le pied nu, — reprit le vicomte rentré dans le sentiment de son rôle, mais resté sous l’empire de la grâce physique qu’elle avait ; — vous voilà le pied nu comme une magicienne qui va faire son charme… — il se souvenait du mot de talisman employé par Mme d’Artelles, — et vraiment il