Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/240

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reux ! Allez ! vous pouvez prendre les plus spirituels parmi les plus spirituels quand l’esprit est aimable, vous pouvez prendre Hamilton, Rivarol et Voltaire lui-même, et vous n’aurez jamais rien de plus aimable que ce de Maistre qui parle si délicieusement des torts qu’on a envers lui avec ceux-là mêmes qui les ont ! Jamais l’esprit, cet esprit qui est toujours un peu diable, n’est-ce pas ? ne s’en est si bien tiré dans une circonstance si difficile !

Voltaire, Rivarol, Hamilton, ces vauriens brillants, auraient succombé, ils auraient emporté la nuance. Joseph de Maistre, lui, ne l’a pas même altérée. Il s’est joué en elle, il a eu la force qui s’arrête à temps, et sa force a été doublée. C’est que Joseph de Maistre a encore plus le génie de l’esprit que l’esprit du génie. Il a beau avoir de la grandeur de tête et de la vertu, Joseph de Maistre a un esprit du diable, comme on dit dans le pays des gens d’esprit, mais c’est le diable avant sa chute, dans le temps qu’il était ange encore et qu’il s’appelait Lucifer !

La Correspondance diplomatique, interrompue en 1811, dans ces deux premiers volumes qui nous donnèrent un de Maistre d’invention encore plus que de découverte, va, avec les deux volumes nouveaux, de 1800 à 1817 ; c’est-à-dire qu’elle embrasse en définitive les plus grands événements du siècle qui a changé la Tradition européenne. C’est là un intérêt immense. C’en est un autre de voir l’histoire de ces redoutables