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CHAPITRE V

Mme GEORGE SAND JUGÉE PAR ELLE-MÊME[1]

I

Mon Dieu, oui, par elle-même ! J’aimerais assez cela, si Mme George Sand était capable de se juger, si réellement elle était un esprit critique. J’aimerais beaucoup ce dédoublement de soi-même. La Réflexion venant après l’Inspiration, et jugeant à froid ce que l’Inspiration brûlante a fait, ce serait là un spectacle instructif et piquant, et même cela pourrait être un imposant spectacle. Toute la question est de savoir si Mme Sand nous l’a donné.

Mme Sand qui nous disait à nous, il y a quelques années, à propos de Maurice de Guérin : Je ne suis pas un esprit critique. Je n’ai que mon émotion. Quand j’ai besoin d’une opinion, je la demande à Gustave Planche ou à Sainte-Beuve, Mme Sand vient de se découvrir critique… à la fin ! Elle a cru que cela poussait, quand rien ne pousse plus, la double et très-rare puissance qui invente et qui, après avoir inventé, monte plus haut que son invention, plane sur elle, la regarde et la juge !

  1. Souvenirs et impressions littéraires, chez Hetzel et Dentu. 1862.