Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/123

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ses invisibles influences, comme on porte une température.

En Allemagne, où l’on n’a pas plus peur des mots que des idées, il s’était hautement et fièrement organisé. Berlin avait vu naître une secte qui s’appela plus tard la secte d’Avignon et qui fut suivie de la grande société des « Éclaireurs » (Aufklaerer), laquelle se répandit dans l’Allemagne entière et jusque sur les pics de la Suisse. M. Caro, — et nous prenons acte de ceci, venant d’un philosophe, — nous les donne pour les précurseurs de Hegel. Le chef influent de cette secte était le fameux Nicolaï, le libraire prussien, assez oublié à présent, qui tenait l’opinion, la critique et la littérature sous la triple fourche de la Gazette littéraire d’Iéna, du Journal de Berlin et du Muséum Allemand. L’ascendant de Nicolaï à Berlin, Weishaupt, l’obtenait en Bavière. C’était un Proudhon en action qui devançait la théorie, comme les poëtes devancent les poétiques, et qui voulait détruire tous les gouvernements. En Suisse, Lavater couvrait de je ne sais quelles vertus plus dangereuses que des vices, car elles font illusion, un mysticisme qui touchait à l’illuminisme allemand par une extrémité, et par l’autre à la théurgie. Gasner, Cagliostro, Mesmer, ces puissants jongleurs, se jouaient de l’imagination et des passions de l’Europe incrédule… folle d’un besoin de croire qu’elle avait voulu supprimer. En Angleterre, il n’y avait pas, il est vrai, d’associations comme en Allemagne, mais une vogue immense entourait William Law qui commentait ce vieux Boëhm, si cher aux imaginations des races germaniques. En Suède, Swedenborg éclatait et jouissait d’une autorité