Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/463

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qui épouvante presque les cœurs et qui fait croire que le Génie a des rugissements comme l’Amour ! Non, elle était encore, la femme puissamment rassise dans la raison, telle que les hommes conçoivent la raison, quand l’Extase, qui enlève l’esprit au ciel et ce corps de boue volatilisé, dans les airs, la lâchait et la mettait par terre. C’était une grande scrutatrice humaine, un esprit trempé et aiguisé pour découvrir. Cette Voyante en tout, ne voyait pas que le monde surnaturel. Elle voyait l’autre aussi. Elle plongeait dans les ténèbres des âmes, pour elles transparentes. Il fallait qu’elle les sût pour les conduire, cette grande Directrice, qui les a conduites et soumises à un gouvernement inconnu des hommes, — le gouvernement de l’Amour ! Sa vie, comme elle nous l’a laissée, cette longue poésie écrite tout en élans, est un des plus beaux livres assurément de la littérature espagnole, mais elle est aussi le plus beau traité de psychologie appliquée qu’il y ait dans quelque littérature que ce soit. Les philosophes qui croient avoir inventé ce qu’ils retrouvent, s’imaginent que la psychologie est d’hier. La traduction de Sainte Térèse pourra leur montrer aujourd’hui, en attendant que M. Bouix leur traduise aussi le Docteur Séraphique (saint Bonaventure), où elle était, cette psychologie toute vivante, avant qu’on la vît morte et disséquée dans leurs écrits, comme sur des marbres d’amphithéâtre.