Page:Barbey d’Aurevilly - Premier Memorandum, 1900.djvu/17

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des efforts que font les acteurs pour trahir la pensée qu’ils doivent cacher, comme si ce n’était pas très facile et très naturel de se trahir et qu’il fût besoin d’affecter qu’un secret échappe ! — D’ailleurs, cela n’est pas vrai que les sentiments se trahissent aussi grossièrement. Un pli de lèvre, un silence, un arrêt de physionomie les révèlent aussi bien que tous ces soulèvements de sein et ces nappes de frémissement qui s’étendent sur toute la surface du corps. — J’ose affirmer qu’il n’y a pas de femme si novice qu’elle soit, mariée depuis huit jours, amoureuse, infidèle, folle de crainte et ayant pour mari Barbe-Bleue lui-même, qui soit assez bête pour se montrer à son mari comme l’actrice (la petite Noblet, la tragédienne juchée sur les pointes de mademoiselle Taglioni) qui jouait Gabrielle l’a fait ce soir. On croit qu’il faut tout outrer pour qu’on saisisse mieux et plus vite. Mais ce procédé ne ressemble-t-il pas au masque des anciens et à leur porte-voix ? — Je prends l’envie de dormir et vais me coucher.


N. B. — les femmes d’un certain âge peuvent aimer les jeunes gens d’un caractère mou, mais les jeunes filles préféreront les caractères énergiques. Est-ce une preuve de ce qu’à vieillir les femmes se dépravent, ou de ce que les difficultés de la vie étant presque toutes résolues pour elles, ces difficultés qui se hérissent