Page:Barbey d’Aurevilly - Premier Memorandum, 1900.djvu/48

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du feu un article de M De Carné sur l'Espagne, bien jugée, je crois, et avec connaissances réfléchies des pentes certaines de l'esprit européen, qui n'est pas où le fourent nos politiques de moralité et de progrès, dans leur sacré et sot verbiage que Dieu confonde à jamais ! — rêvassé, — puis griffonné ceci et me voici, — griffonnant encore à deux heures et demie du matin ! — j'entends le vent et la pluie à mes vitres, « fous tous les deux comme quand ils luttent ensemble à qui sera le plus puissant » . une nuit triste, triste, — les patrouilles, à de longs intervalles, passent sous ma fenêtre, et jusqu'au pas résonnant et lent des chevaux me paraît mélancolique. — je suis toujours seul à ces heures, et cela ne vaut rien, mais qu'y faire ? Avec une autre, ne serais-je pas seul encore ? N'ai-je pas mon pic au dedans que j'habite, mon pic qui fut un volcan et qui s'est changé en glacier ? — « va dans un couvent, fais toi moine ! » mais non .

Quoi qu'il en puisse coûter, ne donnons jamais démission de nous-même. Le cri d'Hamlet est d'un être faible ; car cet homme incroyable n'a rien de fort, pas même l'esprit, et pourtant (sorcellerie de Shakespeare ! ) n'est-il pas puissant sur nous comme s'il était fort ?