Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/263

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vrose d’un caractère presque inconnu, due à l’état psychique de sa mère quand elle la conçut, et aux circonstances de sa naissance…

Cette maladie, venue d’une cause morale, un sentiment pouvait l’emporter ! Mais mon désir, mes précautions, mon éloquence, toute ma connaissance de la tête et du cœur de cette enfant qui est mon ouvrage, tout est inutile ! elle ne se troublait pas ; j’étais comme un sorcier vaincu par ses propres sortilèges. J’avais beau souffler sur la glace de ce cœur limpide, votre image n’y apparaissait pas. Je recommençais l’expérience, l’expérience avortait toujours.

Quand elle souffrait de ces douleurs inexprimables dont les symptômes me déchirent, quoique je les connaisse et que je puisse même les prévoir ; quand, brisée et défaillante de son martyre, elle venait appuyer son pauvre front sur cette poitrine que j’aurais ouverte, si mon sang lui avait fait du bien, je lui disais que ces horribles douleurs, plus fortes que mes élixirs, mes éthers et toute ma chimie, seraient vaincues par le mariage, par l’influence mystérieuse, mais positive, d’un homme qu’elle aimerait, elle m’opposait invariablement les mêmes résistances, les mêmes refus, et elle avait au sein de ces tortures des manières de me dire non qui me terrassaient. On dit non comme cela au bourreau !