Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/314

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sous le charme dont avait parlé Sombreval. Ils y étaient tous ! Les deux vieillards, gens de l’ancien monde et d’une société où les femmes tenaient beaucoup de place, reprenaient le ton de leur jeunesse avec cette douce personne qui leur paraissait tout à la fois imposante et touchante, et ils montraient la plus belle chose peut-être qu’on puisse admirer dans la vie, la majesté de la vieillesse inclinée devant la pureté de la jeune fille, — de presque un enfant ! En la regardant, ils oubliaient son origine.

Quand, suivant l’immémorial usage en Normandie, elle leur offrit le verre de vin hospitalier qui s’offrait encore à cette époque dans toute visite à la campagne, ils acceptèrent. Ils ne se souvenaient plus qu’ils étaient au Quesnay, chez l’abbé Sombreval, et qu’ils allaient mettre entre eux et lui le lien de ce verre de vin, pris sous son toit et versé par la fille au prêtre !

— Nous avons passé le Rubicon, Lieusaint, — fit à voix basse le vicomte à son ami en lui montrant la couleur du vin dans son verre, pendant que Calixte, pour vaquer à ses soins de maîtresse de maison, s’était un instant éloignée. — Après ce vin là (comment le trouvez-vous ?) nous ne pouvons plus nous dispenser de lui parler de son père !

Aussi, comme elle revenait vers eux : — Ma-