Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/49

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rain de Calixte, le témoin de ce drame intime et domestique qui s’était joué dans cette maison de recueillement et de travail (à ce qu’il semblait) et qui s’était terminé par la mort de sa pénitente.

L’abbé Hugon crut de son devoir d’aller visiter sa filleule, — sa fille spirituelle, que sa mère, au moment d’expirer, lui avait si ardemment recommandée. Il la trouva presque adolescente, trop grande pour son âge, épuisée de précocité. Le bon prêtre s’étonna du spectacle de cette tête, fragile comme une tige, que la science et l’amour paternel soutenaient à fleur d’existence, et qui, depuis douze ans, aurait dû se briser vingt fois.

Il étudia, mais non sans pitié et sans terreur, ce visage d’une beauté effrayante, cette pâleur sépulcrale et pourtant ardente au milieu de laquelle brûlaient deux yeux caves et éblouissants comme deux brasiers sous deux voûtes. Et il ne sut qu’admirer le plus, ou de cette miraculeuse conservation d’un être qui paraissait aussi facile à se dissoudre au moindre choc que les plus frêles poussières d’Herculanum, ou de cette intelligence allumée comme une torchère, dans cette tête malade, comme pour insulter à ces organes de la vie qui ressemblaient à des flambeaux à moitié fondus !