Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/125

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IX

LA GRANDE COLÈRE


Lorsqu’il rentra de son congé de convalescence, après deux mois d’absence, on l’entoura. Mais il se montrait renfrogné, taciturne et fuyait vers les coins.

— Eh bien quoi ! Volpatte, tu dis rien ? C’est tout ça qu’tu dis ?

— Parle-nous de c’que t’as vu pendant ton hôpital et ta convalo, vieille cloche, depuis le jour que t’es parti avec tes bandages, et ta gueule entre parenthèses. Paraît qu’t’as été dans les bureaux. Parle, quoi, nom de Dieu !

— J’veux pus rien dire de ma putain de vie, dit enfin Volpatte.

— Quoi qu’tu dis ? Quoi qu’i’ dit ?

— J’suis dégoûté, v’là c’que j’suis ! Les gens, j’les débecte, et j’les r’débecte, tu peux leur dire.

— Quoi qu’i t’ont fait ?

— C’sont des vaches, dit Volpatte.

Il était là, avec sa tête d’autrefois, aux oreilles recollées, aux pommettes de Tartare, buté, au milieu du cercle intrigué qui l’assiégeait. On le sentait, au fond de lui-même, aigri et tumultueux, sous pression, la bouche fermée de force sur du mauvais silence.

Des paroles finirent par déborder de lui. Il se retourna — du côté de l’arrière — et montra le poing à l’espace infini.