Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/48

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Et chacun de déballer son bagage personnel de mots historiques.

Ils sont chacun comme les autres : il n’en est pas un qui ne dise pas : « Moi, je ne suis pas comme les autres. »

— Le vaguemestre !

C’est un haut et large homme aux gros mollets, et de mise confortable et soignée comme un gendarme.

Il est de mauvaise humeur. Il y a eu de nouveaux ordres, et maintenant il faut qu’il aille chaque jour jusqu’au poste de commandement du colonel porter le courrier. Il déblatère sur cette mesure comme si elle était exclusivement dirigée contre lui.

Cependant, tout en déblatérant, il parle à l’un, à l’autre, en passant, suivant son habitude, tandis qu’il appelle les caporaux aux lettres. Et nonobstant sa rancœur, il ne garde pas pour lui tous les renseignements dont il arrive pourvu. En même temps qu’il ôte les ficelles du paquet de lettres, il distribue sa provision de nouvelles verbales.

Il dit d’abord que, sur le rapport, il y a en toutes lettres la défense de porter des capuchons.

— T’entends ça ? dit Tirette à Tirloir. Te v’là forcé de lancer ton beau capuchon en l’air.

— Pus souvent ! J’marche pas. Ça n’a rien à faire avec moi, répond l’encapuchonné, dont l’orgueil non moins que le confort est en jeu.

— Ordre du général commandant l’armée.

— Il faut alors que l’général en chef donne l’ordre qu’i’ n’pleuve plus. J’veux rien savoir.

La plupart des ordres, même de moins extraordinaires que celui-là, sont toujours accueillis de la sorte… avant d’être exécutés.

— Le rapport ordonne aussi, dit l’homme-lettres, de