Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/85

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— Ben, et les braves populations du Nord !

— … Qui nous accueillent les bras ouverts !…

— La main ouverte, oui…

— J’te dis, répète Marthereau, que c’est un’ honte et une dégueulasserie.

— La ferme ! Rev’là c’te vache.

On fit un tour au cantonnement pour annoncer la réussite de la chose ; on alla aux emplettes. Quand nous revînmes dans notre nouvelle salle à manger, nous fûmes bousculés par les préparatifs du déjeuner. Barque était allé à la distribution, et était parvenu à se faire donner directement, grâce à ses relations personnelles avec le chef, rebelle en principe à ce fractionnement des parts, les pommes de terre et la viande qui constituaient la portion des quinze hommes de l’escouade.

Il avait acheté du saindoux – une petite boule pour quatorze sous – on ferait des frites. Il avait acquis aussi des petits pois en conserve : quatre boîtes. La boîte de veau à la gelée de Mesnil André servirait de hors-d’œuvre.

— Tout ça, ça n’aura rien de sale ! dit Lamuse, ravi.

On inspecta la cuisine. Barque circulait, heureux, autour de la cuisinière de fonte qui meublait de sa masse chaude et respirante un côté de cette pièce.

— J’ai ajouté en douce une cocotte pour la soupe, me souffla-t-il.

Il souleva le couvercle de la marmite.

— C’feu n’est pas très fort. V’là une demi-heure de temps que j’y ai fichu la barbaque et l’eau est encore propre.

L’instant d’après, on l’entendit qui discutait avec l’hôtesse. C’était à cause de cette marmite supplémentaire : elle n’avait plus assez de place sur son fourneau ; on lui avait dit qu’on n’avait besoin que d’une casserole ; et